Bail commercial ou propriétaire des murs : le choix qui change une carrière

INTRODUCTION :

Quand on se lance dans la coiffure, on cherche avant tout à développer son chiffre d’affaires. C’est bien normal. Mais un entrepreneur ne construit pas sa retraite uniquement sur la notion de revenus. Accepter de ne pas se verser le salaire le plus élevé possible peut être le calcul qui vous permettra une fin d’activité proche du confort. Voici une petite comparaison entre les deux formules, et une projection de carrière avec et sans acquisition des murs.

Façade de salon de coiffure, propriétaire de ses murs

1. Le bail commercial : une rente pour le bailleur, pas pour vous

Quand on se penche sur les montants que peuvent coûter les locations sous le format 3/6/9, le constat est immédiat : dès le départ, le bail commercial met les salons dans l’urgence. Et encore plus pour ceux qui décident d’exercer sous le format micro-entreprise. De mon point de vue, c’est une erreur de calcul majeure. Puisqu’aucune charge ne peut être déduite, être taxé sur une partie du chiffre d’affaires qu’on ne touchera pas revient à une double peine.

Ne pas être propriétaire de ses murs, c’est accepter qu’une partie de son activité soit mobilisée pour le projet immobilier de quelqu’un d’autre. Voire lui payer un revenu complémentaire pour sa retraite, pendant qu’on construit difficilement la sienne.

2. Être propriétaire des murs : la vision long terme qui fait la différence

Acquérir les murs de son salon n’est pas une mince affaire. Mais s’il devait y avoir un point commun entre les entrepreneurs coiffure qui ont réussi durablement, ce serait bien celui-là : ils capitalisent.

La première raison est qu’ils peuvent le faire. Souvent parce qu’ils ont plusieurs salons, ce qui leur donne la surface financière nécessaire pour acquérir un local et en devenir leur propre locataire. Dans la grande majorité des cas, cette acquisition se fait via une SCI. Et c’est là qu’il faut être stratégique.

Il ne faut pas acquérir le local dans le cadre de la société qui exploite le fonds de commerce. Cela lierait intimement le bien immobilier au capital social de la société, qui devrait être cédé en cas d’arrêt de l’activité. Le format SCI permet de continuer à vivre de la coiffure, même après avoir cessé d’être coiffeur.

3. Les difficultés actuelles de revente renforcent cette idée

Les difficultés actuelles à revendre les fonds de commerce coiffure appuient fortement cette logique. Par manque de repreneurs, beaucoup de coiffeurs voient l’activité qu’ils ont mis des années à construire s’éteindre sans contrepartie financière réelle.

Être propriétaire des murs, c’est ce qui permettra de prolonger la vie de votre salon au-delà de votre carrière. Et selon la façon dont vous avez construit ce projet, c’est vous qui percevrez les revenus complémentaires à la retraite. Tout en proposant au futur locataire de s’installer dans un salon déjà rentable, avec des chiffres clairs et une clientèle organisée.

Il faudra cependant mettre l’accent sur la manière dont cette clientèle est formalisée, pour favoriser la transmission et s’adresser au repreneur le plus conforme au profil de vos anciens clients.

4. Acquérir les murs : une charge intenable ?

Bien sûr, il faut pouvoir se le permettre. Et trouver le bon local, au bon endroit, au bon moment. Mais sur toute une carrière, sans être propriétaire des murs, faites le calcul de la perte financière que cela représente. Avant, on pouvait se dire qu’on se rattraperait sur la vente du fonds de commerce. Mais aujourd’hui, les chiffres de revente ne sont plus ce qu’ils étaient.

Payer un financement pour être propriétaire des murs, c’est le choix du long terme, avec les risques que cela représente et les frais supplémentaires à prévoir. C’est d’ailleurs une réflexion à mener en parallèle du travail sur vos charges courantes — j’en parle plus en détail dans Réduire ses charges en salon de coiffure : les deux leviers, murs et charges, se travaillent ensemble plutôt que dans l’urgence.

5. Les formats de transmission possibles

Plusieurs options s’offrent au propriétaire des murs au moment de transmettre. La revente pure et simple des murs peut représenter un beau bouquet de départ en retraite bien mérité. La location-gérance peut convenir à un jeune qui veut se lancer sans prendre les plus grands risques. Et enfin le coworking coiffure, qui consiste à louer un fauteuil à des indépendants cherchant à développer leur activité différemment, avec une clientèle existante, sans les engagements qu’implique l’acquisition d’un fonds de commerce.

Chacun de ces formats a ses avantages selon la situation personnelle et patrimoniale du cédant. Mais tous ont un point commun : ils supposent d’avoir, au fil des années, structuré une activité qui dure au-delà de sa propre présence derrière le fauteuil — et de s’être entouré des bonnes personnes pour la faire grandir, un sujet que j’aborde dans Recrutement en coiffure : pourquoi c’est structurel, pas générationnel.

📰 ARTICLE À LA UNE

Le salon idéal pour se lancer dans la location de fauteuil

Découvrez ce qui fait vraiment la différence entre un salon qui réussit la location de fauteuil et les autres.

Lire l'article →

Conclusions

Propriétaire ou locataire des murs, le choix se fait souvent par défaut au début de carrière. Mais il mérite d’être repensé dès que la surface financière le permet. Sur toute une carrière, la différence entre les deux modèles peut représenter des centaines de milliers d’euros. Et surtout, une liberté de transmission que le locataire n’aura jamais vraiment.

A lire aussi